Shigeru Miyamoto, figure emblématique de Nintendo et créateur de franchises cultes comme Super Mario et The Legend of Zelda, a récemment partagé sa vision de l’intelligence artificielle générative. Interrogé lors d’une conférence de presse célébrant sa distinction par l’Ordre de la Culture au Japon, il a affirmé que « il y aura toujours un rôle pour les humains » dans la création, même si l’IA venait à tout automatiser.
Cette prise de position intervient alors que de nombreux acteurs de l’industrie du jeu vidéo s’interrogent sur l’impact de l’IA sur les métiers créatifs. Miyamoto, premier développeur de jeux à recevoir cette prestigieuse récompense japonaise, a livré une réflexion nuancée, mêlant son expérience personnelle et sa philosophie de conception.
Une distinction historique pour un créateur de légende
Le 23 octobre 2026, Shigeru Miyamoto est devenu le premier développeur de jeux vidéo à recevoir l’Ordre de la Culture, l’une des plus hautes distinctions honorifiques du Japon. Cette récompense, décernée chaque année par l’empereur, salue des contributions exceptionnelles à la culture japonaise. Pour Miyamoto, c’est la reconnaissance d’une carrière qui a transformé le divertissement interactif en art à part entière.
Lors de la conférence de presse organisée à cette occasion, les journalistes ont pu l’interroger sur divers sujets, dont l’avancée de l’IA générative et son influence sur la création. La réponse de Miyamoto, rapportée par VGC, offre un éclairage précieux sur la manière dont un vétéran de l’industrie perçoit ces bouleversements technologiques.
L’IA comme miroir des évolutions passées
Miyamoto a commencé par établir un parallèle avec les transformations technologiques qu’il a lui-même vécues. « Notre génération a traversé une période de développement informatique rapide – une époque où les outils évoluaient constamment, passant des machines à écrire aux traitements de texte », a-t-il expliqué. Il a rappelé qu’autrefois, un designer pouvait être reconnu uniquement pour sa capacité à créer de belles lettres pour des affiches, ou pour avoir adapté un design étranger avec une touche japonaise.
Mais avec l’avènement des ordinateurs, ces compétences techniques sont devenues moins centrales. « À mesure que les ordinateurs et la technologie progressaient, les véritables capacités individuelles d’un designer, comme son sens inné de la mise en page, ont finalement été mises en avant », a-t-il poursuivi. Pour lui, l’IA générative représente un changement similaire : elle pourrait libérer les créateurs des tâches laborieuses pour se concentrer sur l’essentiel.
Création versus travail : une distinction cruciale
Au cœur de la réflexion de Miyamoto se trouve la distinction entre « créer » quelque chose et le « travail » impliqué dans le processus. « Lorsque vous vous lancez dans une création, vous établissez d’abord une structure générale, puis vous commencez le travail pratique : les tâches qui suivent, comme combler les lacunes ou peaufiner les détails », a-t-il détaillé.
Il a toutefois mis en garde contre un piège subtil : « Le plus délicat, c’est que ce travail peut en réalité être très agréable. Bien que l’acte de création soit intrinsèquement satisfaisant, il y a un danger : on peut trouver de la satisfaction dans le travail lui-même et croire à tort qu’une œuvre de haute qualité a été créée. » Selon lui, plus l’IA remplacera ces tâches, plus elle offrira l’opportunité de réfléchir à ce qui est vraiment important – ce qu’il considère comme positif.
L’intention individuelle, clé de la pérennité
Miyamoto a également souligné l’importance de l’intention personnelle dans la création durable. « En regardant les designs passés, certains ont été créés simplement en copiant et collant. Pourtant, un tel travail résiste rarement à l’épreuve du temps ; il lui manque l’intention de conception particulière de l’individu », a-t-il affirmé.
Pour lui, le processus créatif repose sur l’intention de l’individu, l’ordinateur servant d’assistant pour le travail. « Même si la technologie continue d’évoluer, et même si l’IA finissait par tout gérer, il y aura toujours un rôle à jouer pour nous », a-t-il conclu. Cette conviction reflète sa philosophie de longue date chez Nintendo, où l’innovation naît souvent de contraintes et d’une vision humaine singulière.
Un écho aux propos de Masahiro Sakurai
Cette prise de position fait écho à celle d’un autre grand nom de Nintendo : Masahiro Sakurai, créateur de Super Smash Bros. et de Kirby. Plus tôt dans la semaine, Sakurai avait également partagé ses réflexions sur l’IA, soulignant les défis et les opportunités qu’elle représente pour les développeurs. Ces interventions successives montrent que les figures majeures de l’industrie japonaise abordent l’IA avec prudence, mais aussi avec une certaine ouverture.
Alors que les débats sur l’IA dans le jeu vidéo font rage – entre craintes pour l’emploi et promesses d’efficacité –, les mots de Miyamoto apportent une perspective rassurante : la technologie peut évoluer, mais la créativité humaine restera irremplaçable. Pour les joueurs et les créateurs, c’est un message d’espoir quant à l’avenir du médium.
