Si vous avez grandi entre la seconde moitié du XXe siècle et le début des années 2000, vous vous souvenez sans doute des après-midi passés devant les dessins animés à la télévision, ou des heures à jouer en local avec des amis sur le même canapé. Ces moments ont laissé des traces, des déclics nostalgiques qui se réactivent quand on croise un épisode de sa série préférée ou une vieille manette. Orbitals, exclusivité Nintendo Switch 2 développée par Shapefarm et éditée par Kepler Interactive, semble avoir été conçu pour raviver cette flamme.
Un jeu coopératif assumé
Dès les premières minutes, Orbitals affiche clairement son intention : être un jeu coopératif, sans mode solo. Il faut impérativement un partenaire, que ce soit en local sur le même écran ou en ligne (avec l’abonnement Nintendo Switch Online requis). Les développeurs ont heureusement multiplié les options pour faciliter l’accès : la coopération locale en écran partagé reste la méthode recommandée, mais on peut aussi utiliser le code ami pour qu’un second joueur télécharge gratuitement une version compagnon, ou profiter de la fonction GameShare, qui permet même de jouer avec quelqu’un possédant une ancienne Switch sur le même réseau. Si les deux joueurs ont une Switch 2, le GameChat est accessible pour jouer à distance.
Une histoire spatiale touchante mais trop rapide
Les joueurs incarnent Maki et Omura, deux jeunes fauteurs de troubles vivant dans une station spatiale en difficulté. Dans ce monde, tous les habitants sont immortels car leurs âmes sont conservées dans des capsules ; leurs corps ne sont que des enveloppes sacrifiables. Togen, le gestionnaire de la station, envoie le duo à bord d’un petit vaisseau pour franchir les fractures spatio-temporelles causées par une tempête cosmique, à la recherche de dispositifs capables de réactiver le bouclier protecteur. L’aventure se déroule sur une dizaine d’heures environ, et si elle aborde des thèmes universels, elle laisse parfois un sentiment de distance émotionnelle, faute de temps pour développer davantage les personnages.
Un gameplay pensé pour deux
Orbitals s’inspire clairement des jeux coopératifs modernes, en particulier It Takes Two de Hazelight Studios. La philosophie est la même : redonner le plaisir de jouer ensemble, dans un équilibre constant entre coopération et compétition amicale. Dès le début, des activités optionnelles permettent de tester force et dextérité en battant des records. Le jeu n’est pas un shooter : on n’affronte des ennemis que dans les sections à bord du vaisseau. Les joueurs disposent d’outils variés — un grappin, un canon à photons, un canon à eau — pour résoudre des puzzles environnementaux qui demandent une vraie coordination. Ces énigmes sont inventives et rarement répétitives, bien que certaines soient un peu trop simples.
Une direction artistique remarquable
Le point fort d’Orbitals est sans conteste sa direction artistique. Le jeu rend hommage aux anime des années 70-80, avec un style visuel qui évoque à la fois les films et séries d’animation de l’époque. Le studio a réussi à trouver un équilibre entre hommage et identité propre : chaque personnage a un design distinctif mais cohérent. Les cinématiques, réalisées par Studio Massket, sont superbes, mais ce sont les phases de jeu qui impressionnent le plus. Grâce à un mélange de cel-shading et de techniques traditionnelles, avec certains éléments animés à 24 ou 12 images par seconde, la transition entre cinématiques et gameplay est quasi imperceptible. La bande-son, entre effets synthétiques et naturels, renforce l’immersion, et une chanson originale interprétée par Mami Ayukawa (connue pour Mobile Suit Zeta Gundam) ajoute une touche authentique. Le doublage anglais et japonais fait appel à des vétérans, mais on regrette l’absence d’une piste vocale italienne, même si les textes sont entièrement traduits.
Verdict : une proposition audacieuse et réussie
Orbitals assume pleinement son parti pris : pas de monde ouvert, pas de rejouabilité artificielle, pas de mode solo, pas de microtransactions ni de cosmétiques, pas de classements en ligne. Une durée de vie contenue, une narration brève, des puzzles parfois simplistes. Et pourtant, ce jeu de Shapefarm s’impose comme l’une des expériences coopératives les plus enthousiasmantes et « vivantes » de ces dernières années. Il fait le pari de la qualité et de la cohérence, et il le gagne haut la main.
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