Brigandine Abyss est de ces jeux qui ne cherchent pas à plaire à tout le monde. Troisième opus d’une série culte mais confidentielle, ce tactical RPG mâtiné de grande stratégie assume ses partis pris. Développé par Adglobe et édité par Happinet, le jeu débarque sur Nintendo Switch 2 avec une formule exigeante, mais dont les défauts pourraient rebuter plus d’un joueur. Nous avons mené nos armées à la conquête du continent de Meltitea ; voici notre verdict.
Un contexte narratif prometteur mais une écriture en demi-teinte
L’histoire de Brigandine Abyss démarre sur les chapeaux de roues : le général Chaossolus s’empare du légendaire Brigandine, assassine son roi et fonde l’Empire Abyssloa. Le joueur incarne l’une des six factions qui tentent de contrer cette menace, chacune disposant de sa propre campagne, de ses personnages et de ses motivations. Le mode histoire intègre des batailles événementielles obligatoires, une évolution notable par rapport à Brigandine: The Legend of Runersia.
Malheureusement, l’écriture reste en deçà des ambitions du jeu. Les personnages sont souvent des archétypes sans réelle profondeur, les dialogues manquent de subtilité, et le traitement des thématiques est superficiel. De plus, la structure narrative crée un décalage avec la progression réelle : on peut avoir conquis la moitié du continent avant que le scénario ne s’y intéresse, affaiblissant les enjeux dramatiques.
Un gameplay profondément stratégique mais à l’interface perfectible
Brigandine Abyss se divise en deux phases distinctes : l’organisation et l’invasion. La phase d’organisation est le cœur stratégique du jeu : gestion des leaders, des monstres, des ressources, des bases et des quêtes. Le système a été simplifié par rapport à Runersia, avec la possibilité d’envoyer des mercenaires génériques en exploration. Les bases, améliorables, offrent des bonus spécifiques qui encouragent une planification soignée.
La phase d’invasion correspond aux batailles tactiques sur cartes hexagonales. Le système de combat est classique, mais la nouveauté majeure est le système de rallye : un leader peut absorber un monstre pour gagner des bonus passifs. Cette mécanique ajoute une couche de profondeur, même si certaines combinaisons sont surpuissantes. Cependant, les batailles manquent de variété : l’objectif est presque toujours d’éliminer les leaders ennemis, et l’IA est décevante, envoyant ses leaders en première ligne sans protection.
L’interface, quant à elle, n’est pas à la hauteur de la complexité du système. Les menus sont nombreux, les manipulations fastidieuses, et certaines fonctionnalités de confort manquent cruellement.
Sur Switch 2 : une technique propre mais des graphismes datés
Sur Nintendo Switch 2, le jeu bénéficie d’une prise en main correcte, avec des temps de chargement réduits et une meilleure fluidité. L’écran tactile n’est pas exploité, ce qui est dommage pour un jeu de gestion. L’ergonomie générale est perfectible, avec des menus peu intuitifs et des informations dispersées.
Graphiquement, Brigandine Abyss accuse un retard technique flagrant. Les environnements sont ternes, les textures répétitives, et les portraits des personnages adoptent un style anime générique. L’absence d’identité visuelle cohérente contraste avec la direction artistique affirmée de Runersia.
Une bande-son de qualité signée Rei Kondoh
La musique, composée par Rei Kondoh (connu pour Fire Emblem: Three Houses), est d’excellente facture. Les thèmes de bataille sont épiques et entraînants. Le doublage japonais est de bonne tenue, mais l’absence de doublage dans d’autres langues limitera l’accessibilité.
Une durée de vie conséquente mais une rejouabilité limitée
Chaque campagne du mode histoire demande entre 15 et 25 heures, et il y en a six. Le mode mission ajoute 24 factions jouables, pour une durée de vie théorique dépassant les 100 heures. Cependant, la répétitivité des batailles et la similarité des mécaniques limitent l’envie de tout recommencer. Les niveaux de difficulté permettent d’ajuster l’expérience, mais le mode difficile augmente surtout les statistiques ennemies sans améliorer l’IA.
Conclusion : un jeu pour un public averti
Brigandine Abyss est un jeu qui s’adresse à un public très spécifique. Les amateurs de grande stratégie et de gestion d’armée y trouveront leur compte, grâce à une boucle de gameplay addictive malgré ses imperfections. Mais les défauts sont indéniables : réalisation technique en retrait, écriture faible, batailles répétitives. Le jeu donne l’impression d’un titre qui aurait pu être excellent avec plus de soin. Au final, il divise : certains y passeront des dizaines d’heures, d’autres abandonneront rapidement. À vous de savoir dans quelle catégorie vous vous situez.
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