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BioWare : le rachat d’EA par l’Arabie saoudite, « dernier clou dans le cercueil » selon le cofondateur

La disparition de BioWare continue de susciter des réactions. Greg Zeschuk, qui a cofondé le studio en 1995, s’est exprimé sur les raisons de cette fermeture. Selon lui, l’acquisition d’Electronic Arts par un consortium mené par le fonds souverain saoudien a joué un rôle décisif, qu’il qualifie de « dernier clou dans le cercueil ».

Un changement de priorités stratégiques

Pour Zeschuk, le nouveau propriétaire d’EA cherche avant tout à sécuriser ses investissements. Les jeux de sport, qui sortent chaque année et génèrent des revenus récurrents grâce aux microtransactions, représentent un modèle économique plus prévisible que les RPG narratifs complexes de BioWare. « BioWare crée des jeux atypiques, complexes et longs à développer, donc il est plus simple de sortir des jeux de sport tous les ans », a-t-il expliqué dans une interview accordée à 80LV.

Cette logique financière expliquerait la décision de fermer le studio, malgré son prestige et son historique. Les jeux de sport comme FIFA (désormais EA Sports FC) ou Madden NFL sont des valeurs sûres, tandis que les productions de BioWare, comme Mass Effect ou Dragon Age, nécessitent des cycles de développement plus longs et des budgets importants, avec un retour sur investissement moins garanti.

Des équipes expérimentées sacrifiées

Au-delà de la stratégie, Zeschuk pointe du doigt la perte de savoir-faire. Il estime que les dirigeants actuels ne comprennent pas comment créer de grands jeux, qui reposent selon lui sur des équipes expérimentées et stables. Or, les restructurations successives chez BioWare ont démantelé ces équipes, rendant impossible la reproduction des succès passés.

Il critique également le recours à l’intelligence artificielle pour remplacer les développeurs : « Il existe cette étrange croyance selon laquelle on pourrait recréer d’excellents jeux avec des personnes au hasard et de l’IA. Ça ne fonctionne pas. » Pour lui, la création de jeux de qualité exige une expertise humaine que la technologie ne peut pas simuler.

Des décideurs déconnectés de la réalité du développement

Le cofondateur de BioWare n’épargne pas non plus les cadres dirigeants. Il affirme que ceux qui prennent les décisions sont souvent des personnes qui n’ont jamais participé à la conception d’un jeu, ce qui les rend incapables de comprendre les enjeux créatifs et techniques. Cette déconnexion expliquerait les erreurs stratégiques qui ont conduit à la fermeture du studio.

Bien que Zeschuk ait quitté BioWare en 2012 et se dise détaché de toute rancœur, ses propos résonnent comme un constat amer sur l’évolution de l’industrie. La fermeture de BioWare symbolise pour beaucoup la fin d’une époque où la créativité et la narration primaient sur la rentabilité à court terme.

Un avenir incertain pour les autres studios d’EA

Si BioWare a été sacrifié, d’autres studios d’EA semblent pour l’instant épargnés. EA Motive travaille sur un jeu Iron Man, et Respawn continue de développer la saga Star Wars Jedi. Cependant, la logique financière décrite par Zeschuk pourrait à terme menacer ces projets si leur rentabilité n’est pas jugée suffisante.

La fermeture de BioWare intervient dans un contexte plus large de consolidation de l’industrie du jeu vidéo, où les grands groupes cherchent à maximiser leurs profits en misant sur des franchises établies et des modèles économiques éprouvés. Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits à long terme, ou si elle conduira à une uniformisation créative préjudiciable aux joueurs.

Juliette
Juliette
Juliette explore les nouveautés comme les pépites à redécouvrir, avec un regard curieux sur l’univers Nintendo et le jeu vidéo en général.
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