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EA : des employés dénoncent un moral au plus bas et une gestion défaillante

Des employés d’Electronic Arts ont fait part de leur profond malaise dans un rapport publié par Vertical Slice. Les témoignages anonymes recueillis dressent un tableau sombre de la culture d’entreprise chez l’éditeur américain, évoquant un moral en berne, une gestion défaillante et une pression croissante pour adopter l’intelligence artificielle générative.

Un moral au plus bas et une charge de travail accrue

Selon les sources citées par Vertical Slice, le moral des équipes serait « terrible ». Un employé résume la situation : « La ligne qu’on nous répétait sans cesse était “faire moins, mais mieux”, mais on avait juste l’impression de faire la même quantité de travail avec moins de personnes. » Cette déclaration met en lumière une réalité difficile : les réductions d’effectifs n’ont pas été compensées par une diminution des objectifs, créant une pression supplémentaire sur les équipes restantes.

Cette situation n’est pas nouvelle chez EA, qui a procédé à de nombreuses restructurations ces dernières années. Le studio BioWare, par exemple, a été durement touché après l’échec commercial de Dragon Age: The Veilguard. Les employés interrogés pointent du doigt une gestion erratique, avec des changements de cap fréquents et coûteux. « Beaucoup d’argent a été gaspillé en empruntant des voies qui ne menaient nulle part », confie l’un d’eux.

L’IA générative, source de tensions

Un autre point de friction majeur concerne l’intelligence artificielle générative. Selon le rapport, la direction serait très enthousiaste à l’idée d’utiliser des outils comme Claude, au grand dam des équipes de développement. Un employé explique : « Le message de chaque manager que j’ai entendu est “c’est l’avenir, vous devez embarquer”. » Un autre ajoute : « Ils ne vous diront pas que ces outils sont obligatoires, mais ils rendront impossible ou très difficile de faire votre travail sans eux. »

Cette pression pour adopter l’IA suscite des craintes légitimes quant à l’avenir des emplois. Dans un secteur déjà marqué par des vagues de licenciements massives, l’idée que la technologie puisse remplacer les créatifs est perçue comme une menace existentielle. Les employés dénoncent également le manque de compréhension de la direction quant à la nature de leur travail, ce qui rend l’implémentation de l’IA encore plus problématique.

Une culture d’entreprise toxique

Au-delà des problèmes de gestion et de technologie, les témoignages révèlent une culture d’entreprise profondément dysfonctionnelle. Un employé résume : « Les dirigeants d’EA ne peuvent pas échouer, ils ne peuvent qu’être trahis. » Cette phrase illustre un sentiment d’injustice : les échecs sont attribués aux équipes, tandis que les succès sont récupérés par la direction.

Un autre témoignage va plus loin : « Ils ont eu la chance que EA Sports FC se vende et rapporte tellement d’argent qu’il peut financer leurs mauvais paris. » Cette dépendance à une franchise phare masque les difficultés rencontrées ailleurs, et les employés s’interrogent sur la répartition des richesses. Par exemple, le PDG Andrew Wilson a reçu une rémunération de 38 millions de dollars pour le succès de Battlefield 6, tandis que des développeurs étaient licenciés. En 2025, sa rémunération annuelle représentait environ 305 salaires médians au sein des studios de l’éditeur.

Le cas BioWare, symbole des errements

Le rapport de Vertical Slice consacre une partie importante au studio BioWare, qui illustre parfaitement les problèmes de gestion évoqués. Le studio a été contraint de travailler sur des jeux en tant que service, un modèle qui ne correspondait pas à son ADN. L’échec d’Anthem en est l’exemple le plus frappant. Ensuite, le développement chaotique de Dragon Age: The Veilguard, avec des pivots constants, a épuisé les équipes.

Un employé décrit l’absence de prise de risque : « Il n’y avait jamais de désir de prendre des risques. Jamais de désir de faire quelque chose d’intéressant. C’était juste “voici ce que disent ces 14 études UXR, donc nous devons faire comme ça”. » Cette approche purement data-driven a étouffé la créativité et conduit à des jeux formatés, loin des attentes des joueurs.

Un avenir incertain

Le rapport se termine sur une note sombre. Un employé résume l’état d’esprit général : « Le récent e-mail sur les changements d’organisation [semblait] avoir été écrit par un robot, ce qui résume bien EA. Un endroit froid et mort qui se décompose lentement pendant que la direction pille chaque centime, nous laissant nous inquiéter de savoir comment nourrir nos familles. »

Ces témoignages, bien qu’anonymes, offrent un aperçu rare de l’intérieur d’un géant de l’industrie. Ils soulèvent des questions cruciales sur la gestion des talents, l’utilisation de l’IA et la responsabilité des dirigeants. Alors que l’industrie du jeu vidéo traverse une crise profonde, ces révélations pourraient avoir un écho important auprès des joueurs et des investisseurs.

Juliette
Juliette
Juliette explore les nouveautés comme les pépites à redécouvrir, avec un regard curieux sur l’univers Nintendo et le jeu vidéo en général.
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