Paper Mario: Color Splash a fêté ses dix ans le mois dernier. Sorti sur Wii U en 2016, ce jeu reste l’un des rares exclusifs de la console à ne jamais avoir été porté sur Switch. La raison est simple : il a déçu les fans de la série et s’est vendu à moins d’un million d’exemplaires, un chiffre inhabituel pour un jeu Mario. Pourtant, en y regardant de plus près, ce n’est pas le désastre que beaucoup décrivent. C’est même une aventure Mario tout à fait recommandable, à condition d’accepter ses choix de conception.
Un Paper Mario qui s’éloigne de ses racines
Pour comprendre la réputation de Color Splash, il faut revenir à Paper Mario: Sticker Star sur 3DS. Cet épisode avait déjà amorcé un virage radical en supprimant les partenaires, les personnages originaux et les intrigues profondes qui faisaient le sel des trois premiers jeux. Color Splash a poursuivi dans cette voie, au grand dam des fans. Les PNJ sont presque tous des Toads, l’histoire est minimaliste et le système de combat repose sur des cartes consommables. À l’époque, beaucoup y ont vu une trahison de l’esprit de la série.
Mais aujourd’hui, le contexte a changé. Paper Mario: The Origami King sur Switch a marqué un pas vers un retour aux sources, et le remake de Paper Mario: La Porte Millénaire a rencontré un franc succès. La série semble repartie sur de bonnes bases, ce qui permet de réévaluer Color Splash avec plus de recul. Ce n’est pas un bon Paper Mario, mais c’est un bon jeu Mario.
Une écriture hilarante qui porte le jeu
Le principal atout de Color Splash est son écriture. Chaque dialogue est une petite pépite d’humour absurde. Les Toads que vous croisez lâchent des répliques inattendues, comme ce personnage qui avoue regarder les trains passer pour oublier à quel point sa vie est triste. Le jeu ne se contente pas de blagues ponctuelles : il installe des running gags sur la durée. Un pont cassé au début donne lieu à une blague récurrente sur un « expert en experts de ponts », qui trouve son dénouement des heures plus tard. Et ce gag a même été repris dans The Origami King.
Autre exemple mémorable : dans un train, Mario discute avec un Shy Guy qui déplore de devoir se battre contre lui à cause de son travail. Bien plus tard, un Shy Guy vaincu au combat révèle qu’il était celui du train, avant de disparaître. Ce souci du détail rend l’aventure étonnamment attachante, malgré son manque de personnages originaux.
Une direction artistique et une bande-son charmantes
Visuellement, Color Splash est une réussite. Les niveaux ressemblent à des dioramas en papier, avec des couleurs éclatantes et une grande variété d’environnements : plaines, plages, océan, îles lointaines, train, volcan… Chaque monde est un plaisir pour les yeux. La bande-son n’est pas en reste, avec des thèmes légers et entraînants. Les musiques de combat des Koopalings sont particulièrement réussies, chacune ayant sa propre identité, des chants de pirates de Wendy au thème déjanté de Ludwig.
Un gameplay inégal mais pas dénué d’intérêt
Le gameplay de Color Splash est plus discutable. L’exploration en dehors des combats est agréable : on peut peindre les zones décolorées, découper des éléments du décor avec Huey et découvrir des secrets. Mais les combats, eux, posent problème. Ils reposent sur des cartes à usage unique, dont certaines doivent être peintes avant utilisation. Si vous manquez de peinture, vous pouvez vous retrouver avec des cartes faibles. Pire, toute carte posée est perdue, même si le combat se termine avant de l’utiliser. C’est frustrant et peu gratifiant.
Le système des « Trucs », ces objets du monde réel à utiliser contre les boss, est encore plus critiquable. Certains boss exigent un Truc spécifique sous peine d’attaque imparable. Parfois, la logique est tordue : contre Lemmy, il faut utiliser une boule à facettes pour le distraire, puis un pic à glace pour faire éclater sa balle, le tout dans le même tour. Si vous vous trompez, vous subissez 999 points de dégâts. C’est absurde, mais le jeu le fait avec un tel sens de l’humour qu’on en rit presque.
Un jeu à redécouvrir aujourd’hui
Paper Mario: Color Splash n’est pas parfait, loin de là. Son histoire est faible, ses combats sont mal conçus et il a déçu les fans de la première heure. Mais il possède une écriture brillante, une direction artistique superbe et une bande-son entraînante. Dix ans après, alors que la série semble retrouver son identité, il est temps de lui accorder une seconde chance. Ce n’est pas le Paper Mario que l’on attendait, mais c’est une aventure Mario pleine de charme qui mérite de ne pas être oubliée sur Wii U.
