Capcom a eu peur. Vraiment peur. Au point de craindre la disparition pure et simple de Street Fighter d’ici dix ans. C’est ce que révèle Shuhei Matsumoto, producteur de Street Fighter 6, dans une interview récente. Avec Takayuki Nakayama, directeur du jeu, ils ont pris conscience de la gravité de la situation pendant le développement de Street Fighter 5.
« Quand nous en parlions durant le développement de Street Fighter 5, nous nous sommes rendus compte que si nous ne faisions rien, la série serait probablement morte dans les dix ans », explique Matsumoto. Une déclaration qui en dit long sur l’état d’esprit de l’équipe après un épisode 5 très critiqué à sa sortie.
Un public vieillissant et un marché transformé
Le constat était amer. Le public historique de Street Fighter a vieilli, avec une moyenne d’âge située entre 35 et 45 ans. À l’époque des salles d’arcade, les joueurs étaient bien plus jeunes. Le marché a changé, les jeux de combat ont perdu de leur superbe face aux jeux service et aux expériences multijoueur en ligne.
Mais le plus inquiétant pour Capcom n’était pas seulement de perdre les anciens fans. C’était de ne pas réussir à en attirer de nouveaux. « Les gens connaissaient la scène compétitive, mais ils ne jouaient pas. Cela nous a fait dire : la situation est grave », se souvient Matsumoto. « Nous sommes une entreprise de jeux vidéo, et pourtant les gens ne jouaient pas à notre jeu. N’est-ce pas la chose la plus fatale qui puisse arriver ? »
Le producteur pointe aussi un phénomène plus large : beaucoup de personnes se disent passionnées de jeux vidéo, mais se contentent de regarder des streams ou des vidéos YouTube. Une passivité qui a poussé Capcom à revoir ses certitudes.
Repartir de zéro pour Street Fighter 6
Après le départ de Yoshinori Ono en 2020, Matsumoto et Nakayama ont pris les rênes de la série. Leur objectif : ne rien considérer comme acquis. « Même si Street Fighter est une marque très connue, nous ne devons pas devenir trop sûrs de nous. Nous avons décidé d’agir comme si la génération actuelle ne nous connaissait pas », affirme Matsumoto.
Concrètement, cela s’est traduit par l’introduction du système Modern Controls, qui simplifie l’exécution des coups spéciaux. De nouvelles modalités et des ajustements des mécaniques de combat ont aussi été pensés pour les débutants. L’idée n’était pas de brader la difficulté, mais d’offrir des portes d’entrée plus accessibles.
Le pari semble réussi. En été, Capcom a annoncé avoir vendu plus de 7 millions de copies de Street Fighter 6. Un chiffre qui valide la stratégie de renouvellement, même si certains puristes ont pu grincer des dents. Mais comme le dit Matsumoto, il fallait penser à l’avenir de la série plutôt qu’aux habitudes des vétérans.
Reste à voir si cette approche portera ses fruits sur la durée. Street Fighter 6 a su ramener du monde, mais la concurrence est rude. La série a évité le pire, mais le combat pour rester pertinent ne fait que commencer.

