La Complete Edition de Total War: Shogun 2, sortie le 13 octobre sur Steam, est en train de subir une véritable tempête de critiques. En moins de 24 heures, le jeu a recueilli seulement 18% d’avis positifs, un score « Extrêmement négatif » qui contraste violemment avec la réputation du titre original, considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs opus de la série Total War.
Une réédition qui devait être une formalité
Lancé en 2011, Total War: Shogun 2 avait été salué par la critique et les joueurs pour sa profondeur stratégique, son ambiance immersive dans le Japon féodal et sa réalisation soignée. Une version « Complete Edition » destinée aux machines modernes semblait donc être une évidence commerciale, une occasion de redonner vie à un classique. Mais les joueurs ont découvert un produit bien loin de leurs attentes.
Les retours négatifs s’accumulent sur la page Steam du jeu, pointant du doigt des performances désastreuses, des bugs anciens et nouveaux, un support des mods défaillant et des problèmes graphiques variés. L’installation, qui passe de 3,85 Go à 45 Go, ne semble pas justifier un tel bond en termes de qualité visuelle ou de contenu. Un utilisateur a même comparé cette réédition à « littéralement l’avidité dont parle la Bible ».
La colère monte : suppression des anciennes versions et hausse de prix
Au-delà des problèmes techniques, la décision de Sega de retirer de Steam toutes les versions précédentes du jeu a mis le feu aux poudres. Les possesseurs de l’édition originale se retrouvent ainsi contraints d’acheter la nouvelle version s’ils veulent continuer à profiter du jeu sur la plateforme, et ce à un prix plus élevé. Cette manœuvre est perçue comme une tentative de forcer la main aux joueurs, ce qui a considérablement envenimé la situation.
Des illustrations retouchées par IA sans déclaration
Le point le plus discuté concerne toutefois les illustrations des cartes d’unités. Selon de nombreux joueurs, ces images auraient été agrandies à l’aide d’outils d’intelligence artificielle générative, sans que cela soit mentionné sur la page Steam. Les comparaisons entre les visuels originaux et les nouveaux sont accablantes : une poutre en bois sur le pont d’un navire a été confondue avec l’arrière-plan, écrasant une figure ; les cordes des arcs ont perdu toute cohérence ; la fumée des tirs ressemble à des abat-jours ; l’emblème d’un drapeau est devenu une sorte de méduse art déco ; et un général s’est retrouvé avec le visage fusionné à son casque, donnant naissance à « une sorte d’automate du XVIe siècle ».
Ces erreurs grossières, qu’aucun illustrateur humain, même débutant, n’aurait commises, ont déclenché une vague de moqueries et de mèmes sur les réseaux sociaux. Mais au-delà de l’aspect comique, la non-déclaration de l’utilisation de l’IA sur la page Steam violerait les règles établies par Valve, ce qui pourrait entraîner des sanctions pour l’éditeur.
Un avenir incertain pour la Complete Edition
Face à ce tollé, la communauté espère que Sega et Creative Assembly réagiront rapidement pour corriger le tir. Des correctifs pour les performances et les bugs sont attendus, mais la question des illustrations IA reste épineuse : faudra-t-il revenir aux visuels d’origine ou refaire tout le travail à la main ? En attendant, la réputation de ce classique est sérieusement entachée, et les joueurs qui hésitaient à se replonger dans le Japon féodal risquent de passer leur chemin.
Cette affaire illustre une nouvelle fois les dangers de l’utilisation non maîtrisée de l’IA dans le développement de jeux vidéo, et la sensibilité croissante des joueurs à la transparence des pratiques des éditeurs.

