Le retour de Call of Duty: Black Ops et Call of Duty: Black Ops 2 sur PlayStation 4 et PlayStation 5 est un succès commercial retentissant, avec plus de 11 millions de copies vendues combinées. Mais derrière ce triomphe se cache une controverse ravivée par un développeur historique : les créateurs originaux ne perçoivent aucune part des revenus générés par ces classiques.
Un succès qui dépasse les attentes
Lorsque Activision a annoncé le portage des deux premiers Black Ops sur les consoles PlayStation actuelles, l’enthousiasme des fans était palpable. Pour beaucoup, c’était l’occasion de redécouvrir ces jeux cultes sans devoir ressortir une vieille PS3, seule option jusqu’alors en raison de l’absence de rétrocompatibilité sur PS4 et PS5. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon les informations rapportées, les deux titres ont dépassé les 11 millions d’unités vendues sur PS4 et PS5, un résultat qui a surpris jusqu’à Activision elle-même.
Tyler Bahl, responsable marketing de l’éditeur, a confié à The Game Business : « Les portages de Black Ops ont été un grand succès. Nous pensions qu’ils se vendraient bien, mais pas à ce point. » Il attribue cette performance à une demande accumulée pendant des années et indique que l’entreprise compte appliquer les leçons apprises à Modern Warfare 4 et aux futurs épisodes de la franchise.
La réaction amère d’un vétéran de Treyarch
Parmi ceux qui ont contribué à la création de ces jeux, le succès actuel suscite des sentiments mitigés. Gavin Goslin, développeur chez Treyarch à l’époque, a exprimé son point de vue dans un post LinkedIn. S’il se dit fier de voir ces titres dominer encore les classements en 2026, il déplore que les bénéfices aillent principalement aux dirigeants d’Activision, et non aux équipes qui ont travaillé d’arrache-pied.
« J’ai donné ma vie pour ces jeux, passant d’innombrables heures de crunch avec une équipe talentueuse pour les rendre parfaits », écrit-il. « Voir notre sang, notre sueur et nos larmes dominer encore les charts en 2026 est fantastique, mais il est difficile de rester les bras croisés pendant que les dirigeants encaissent d’énormes profits sur du vieux code, alors que les véritables créateurs ne touchent pas un centime. »
Goslin va plus loin en formulant une demande explicite : si les cadres reçoivent des bonus substantiels grâce à la longévité de ces classiques, cette richesse devrait être partagée rétroactivement avec les développeurs. « Les revenus des classiques devraient se traduire par des récompenses pour les développeurs qui ont survécu au crunch pour les construire », ajoute-t-il.
Des portages simples, mais très attendus
Il est important de noter que ces nouvelles éditions ne sont ni des remakes ni des remasters. Comme le souligne Goslin lui-même, il s’agit de simples portages, sans fonctionnalités inédites ni mises à jour significatives. C’est précisément ce que réclamaient de nombreux fans : retrouver l’expérience originale intacte. La demande était si forte que les joueurs PlayStation n’avaient d’autre choix que de conserver une PS3 pour y jouer, les titres n’ayant jamais été rendus disponibles via la rétrocompatibilité sur les consoles plus récentes.
Ce succès démontre l’attachement durable à ces jeux et soulève une question plus large sur la répartition des revenus dans l’industrie du jeu vidéo. Le cas de Goslin n’est pas isolé : de nombreux créateurs de franchises à succès ne perçoivent aucune redevance sur les ventes continues de leurs œuvres. L’auteur de la série Fallout, par exemple, ne touche plus rien de sa création, comme le rappelle l’article source.
Un débat qui dépasse Black Ops
La situation décrite par Gavin Goslin met en lumière un problème structurel : dans la plupart des studios, les développeurs sont salariés et ne bénéficient pas de royalties sur les ventes, même lorsque leurs jeux deviennent des phénomènes commerciaux sur la durée. Les bonus éventuels sont généralement réservés aux postes de direction, tandis que les équipes de développement, souvent soumises à des périodes de crunch intenses, ne voient pas leur investissement récompensé à long terme.
Cette réalité contraste avec l’image d’une industrie en pleine croissance, où les succès rétroactifs comme celui des portages de Black Ops génèrent des revenus considérables sans coûts de développement supplémentaires majeurs. Pour beaucoup, il serait logique qu’une partie de ces bénéfices revienne à ceux qui ont créé les jeux à l’origine.
Reste à savoir si les appels de Goslin seront entendus. Activision n’a pas réagi publiquement à ses déclarations, et rien n’indique qu’une politique de partage rétroactif soit à l’étude. Le débat, lui, est relancé, et il pourrait bien s’étendre à d’autres franchises et éditeurs.

