MyHouse.wad, un mod pour Doom 2 sorti anonymement en 2023, s’est imposé comme l’une des expériences d’horreur les plus marquantes de la décennie. Derrière son apparence de simple maison de banlieue se cache un labyrinthe cauchemardesque qui a captivé les joueurs du monde entier. Son créateur, toujours non identifié, n’a jamais brisé le personnage, alimentant une légende qui ne cesse de croître.
Une maison qui défie la logique
Au premier abord, MyHouse.wad ressemble à une carte Doom classique : une maison de banlieue remplie de monstres à éliminer. Mais dès que le joueur sort et regarde à l’intérieur, l’inquiétude s’installe : les ennemis sont réapparus. En y retournant, la maison a subtilement changé. De nouvelles portes mènent à des pièces impossibles, des détails visuels ont été modifiés, et l’architecture défie les lois de la physique. Le joueur se retrouve piégé dans un espace en constante mutation, où chaque recoin peut cacher une nouvelle horreur.
La conception sonore renforce ce malaise. La musique emblématique de Doom 2, Running From Evil, est déformée, réinitialisée, ou remplacée par des sons discordants. Un jump scare utilise même la notification Discord, brouillant la frontière entre le jeu et la réalité. Ces détails contribuent à une tension permanente, ponctuée de moments « WTF » qui laissent le joueur se demander ce qu’il a réellement téléchargé.
Un hommage fictif devenu légende
L’histoire officielle derrière MyHouse.wad raconte que son créateur aurait perdu un ami proche, retrouvant parmi ses affaires une disquette contenant une carte Doom inachevée représentant la maison de ses parents. Pour honorer sa mémoire, il aurait terminé le travail. Cette histoire, bien sûr, est une fiction. La carte est en réalité un labyrinthe infernal déguisé en maison accueillante, et son véritable auteur reste inconnu.
Le créateur crédité, Steven Nelson, alias Veddge, n’est qu’un pseudonyme. Son compte Doomworld, actif jusqu’en 2006, est resté silencieux pendant des années avant de reprendre brièvement en 2022, puis de se taire définitivement après la sortie du mod. Cette absence de communication nourrit le mythe et renforce l’aura mystérieuse du projet.
Une inspiration littéraire et vidéoludique
MyHouse.wad s’inspire ouvertement du roman expérimental House of Leaves de Mark Z. Danielewski, qui met en scène une maison plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur. Le mod reprend ce concept et le pousse à l’extrême, avec des références directes au livre. Il évoque également PT, la démo jouable de Hideo Kojima, par son architecture impossible et son atmosphère oppressante. Comme PT, MyHouse.wad transforme l’exploration en une quête de compréhension : comment le créateur a-t-il réussi à coder de telles illusions dans un moteur vieux de plusieurs décennies ?
Le mod est également empreint d’un esprit espiègle. Le créateur semble s’amuser aux dépens du joueur, avec des ennemis absurdes comme un poisson géant qui explose en petits poissons agressifs, ou une version maléfique de Shrek gardant une nurserie. Ces touches d’humour noir contrastent avec l’horreur ambiante, créant une expérience unique.
Un chef-d’œuvre technique et narratif
Ce qui rend MyHouse.wad exceptionnel, c’est sa capacité à surprendre même les vétérans de Doom. Le mod contient plusieurs moments qui évoquent le célèbre combat contre Psycho Mantis dans Metal Gear Solid, où le jeu lisait la carte mémoire du joueur. Ici, les twists sont nombreux et ingénieux, tous intégrés dans une seule carte. John Romero lui-même, co-créateur de Doom, a streamé le mod à plusieurs reprises, s’arrêtant fréquemment pour admirer ses astuces.
Cependant, l’accès à ces moments n’est pas aisé. MyHouse.wad est volontairement obscur et difficile à déchiffrer. Les joueurs doivent explorer, expérimenter et parfois résoudre des énigmes complexes pour progresser. Cette difficulté fait partie de l’expérience : elle renforce le sentiment d’être perdu dans un espace hostile et incompréhensible.
Un phénomène limité mais durable
Malgré sa popularité sur YouTube, MyHouse.wad reste confiné à un public de niche : ceux qui sont prêts à modder Doom 2 sur PC. Le processus est simple, mais il représente une barrière pour beaucoup. Si le concept avait été transformé en jeu indépendant autonome, il aurait peut-être touché un public plus large. Pourtant, c’est précisément son intégration dans le moteur de Doom qui fait sa magie. Voir une telle inventivité dans un jeu vieux de plusieurs décennies est un exploit technique et artistique.
En fin de compte, MyHouse.wad est une œuvre qui restera dans les mémoires comme un jalon de l’horreur vidéoludique. Son créateur anonyme a réussi à créer une expérience qui transcende les limites du médium, mêlant narration, level design et manipulation psychologique. Et en gardant le silence, il a offert au mod une dimension mythique qui continuera d’intriguer les joueurs pendant des années.






