Le jeu sur PC connaît une dynamique nettement plus favorable que celui sur consoles, selon les dernières données de Newzoo. En 2025, le marché PC a généré 43,6 milliards de dollars de revenus, en hausse de 12% par rapport à 2024, tandis que le marché des consoles, bien que toujours plus important en valeur absolue avec 44,7 milliards de dollars, n’a progressé que de 2,8%. Cette tendance, qui s’inscrit dans un renversement par rapport à la période 2015-2020, est analysée par Emmanuel Rosier, directeur de Market Intelligence chez Newzoo, qui met en avant la liberté de choix comme facteur clé.
Un modèle économique différent
Dans une interview accordée à GamesRadar, Emmanuel Rosier souligne une différence structurelle majeure entre les deux écosystèmes. Sur PC, environ la moitié des revenus provient des microtransactions, portées par la popularité des jeux free-to-play et des live services. À l’inverse, le modèle premium reste dominant sur consoles, où les ventes de jeux à prix fort constituent l’essentiel des recettes. « Si l’on regarde le modèle économique sur PC, la moitié des revenus vient des microtransactions, car beaucoup de jeux PC sont free-to-play », explique-t-il. « De nombreux titres PC sont également des live services conçus pour durer, alors que sur console, le modèle premium représente encore la plus grande part et reste le principal modèle économique. »
Cette distinction n’est toutefois pas absolue. Rosier note que même sur consoles, les franchises sportives annuelles et les blockbusters comme Call of Duty, bien que vendus en premium, génèrent des revenus récurrents similaires à ceux des live services. « On pourrait parler de revenus récurrents générés par la même franchise », précise-t-il. Cependant, le phénomène est moins marqué sur PC, où les jeux sportifs occupent une place plus réduite, reflétant des profils de joueurs différents.
Une offre plus diversifiée sur PC
La plus grande variété de l’offre sur PC est un autre avantage décisif. Les classements mensuels des jeux les plus rentables ou les plus joués montrent que le PC accueille régulièrement davantage de productions récentes et de titres indépendants, même si les poids lourds comme Fortnite, Minecraft et Roblox dominent toujours le top 10. « Les joueurs PC ont en général plus de choix », affirme Rosier. « Pour beaucoup d’éditeurs indépendants, il est plus facile de publier d’abord leur jeu sur Steam, sur PC, puis, s’il rencontre le succès, de l’étendre aux consoles. Les joueurs PC ont un peu plus de choix, ce qui signifie qu’il y a une concentration légèrement moindre des titres les plus importants, simplement parce qu’il existe beaucoup plus d’alternatives. »
Cette accessibilité pour les développeurs indépendants, combinée à la nature ouverte de la plateforme, crée un cercle vertueux qui attire de plus en plus de joueurs. La possibilité de découvrir des jeux innovants et de niche, souvent absents des consoles, renforce l’attrait du PC.
Des prévisions de croissance revues à la hausse
Newzoo prévoit une croissance continue pour l’ensemble du marché du jeu vidéo, mais à des rythmes différents. Pour 2026, le marché PC devrait atteindre 45,9 milliards de dollars (+5,3%), tandis que le marché console progresserait à 46,9 milliards (+5,1%). Le PC resterait donc légèrement en retrait en valeur absolue, mais sa croissance serait plus rapide. Rosier indique même que ces prévisions pourraient être révisées à la hausse : « J’en discutais avec mon équipe ce matin même, et ils m’ont dit que nous devrions probablement revoir à la hausse les prévisions PC pour 2026, car les résultats du premier semestre de certains éditeurs sur PC sont vraiment excellents, avec des croissances à deux chiffres dans certains cas. »
Cette dynamique est d’autant plus remarquable que le marché des consoles semble atteindre un plafond. « C’est un peu comme s’il y avait un plafond pour les consoles, alors que le PC continue de croître », observe Rosier. Il évoque également l’impact des décisions de Sony : « Je pense que la décision de PlayStation de porter certains de ses jeux sur PC, avant de faire partiellement marche arrière, a pu pousser un nombre légèrement plus élevé de joueurs à passer au PC, car ils avaient ainsi accès à presque toutes les exclusivités. »
Des défis à surmonter
Malgré cet élan, le marché PC n’est pas exempt de difficultés. La hausse des prix des composants, alimentée par la demande croissante des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle, pourrait freiner certains acheteurs. Les consoles font face à un défi similaire, avec des prix qui risquent de devenir trop élevés pour une partie des consommateurs. Néanmoins, Rosier souligne un avantage structurel du PC : « Il est plus probable d’avoir un ordinateur à la maison. » Cette omniprésence du PC dans les foyers, même s’il n’est pas initialement destiné au jeu, facilite l’entrée dans l’écosystème.
En résumé, le jeu sur PC connaît une renaissance portée par sa flexibilité, sa diversité et son modèle économique adapté aux tendances actuelles. Les consoles conservent une base solide, mais leur croissance plus lente reflète une saturation relative. Les données de Newzoo confirment que le PC est devenu un moteur essentiel de l’industrie, et cette tendance devrait se poursuivre dans les années à venir.


