Doug Bowser, qui a dirigé Nintendo of America pendant plusieurs années avant de prendre sa retraite en 2025, a révélé qu’il avait initialement refusé l’offre de rejoindre l’entreprise. La raison principale ? Les performances désastreuses de la Wii U, la console de salon sortie en 2012 et qui a été un échec commercial majeur pour Nintendo.
Dans une interview accordée à GamesBeat, Bowser est revenu sur son parcours et sur les circonstances qui ont failli l’empêcher de rejoindre le géant japonais. À l’époque, il travaillait chez Electronic Arts (EA), où il était responsable des prévisions commerciales. De ce poste, il avait une vue imprenable sur les ventes de jeux, et le constat était sans appel : la Wii U se vendait très mal, et les éditeurs tiers comme EA réduisaient drastiquement leur soutien à la plateforme.
Un refus motivé par l’échec de la Wii U
Bowser explique que lorsqu’un chasseur de têtes l’a contacté pour un poste chez Nintendo, sa première réaction a été un « non » catégorique. « La deuxième fois que j’ai dit “non, jamais”, c’est quand j’ai reçu un appel d’un chasseur de têtes me demandant si je serais intéressé par un poste chez Nintendo », raconte-t-il. « J’ai dit ça parce que c’était trois ans après le lancement de la Wii U. Je faisais les prévisions commerciales pour Peter [Moore, alors directeur de l’exploitation d’EA]. Nous étions littéralement en train de tuer tous les titres sur Wii U. Tous, sans exception. Je me suis dit : “Oh, c’est un navire en train de couler. Ce n’est pas une bonne idée.” »
Cette réaction est compréhensible : à l’époque, la Wii U peinait à trouver son public, avec des ventes bien en deçà des attentes. Les éditeurs tiers, dont EA, avaient progressivement abandonné la console, laissant Nintendo seul pour soutenir sa machine. Pour un cadre habitué à analyser les chiffres, rejoindre Nintendo semblait risqué.
Un changement d’avis après réflexion
Pourtant, après quelques semaines de réflexion, Bowser a changé d’avis. Il s’est souvenu de ses expériences passées avec Nintendo et de la philosophie de l’entreprise. « Mais ensuite, j’ai pris du recul et j’y ai réfléchi pendant quelques semaines. Je me suis souvenu de mes expériences avec Nintendo. J’ai réalisé que Nintendo était l’une de ces entreprises qui n’avaient pas peur de prendre des risques. Pas peur d’essayer quelque chose de différent. Quand les autres font zig, ils font zag. J’ai vraiment commencé à développer une affection pour ce qu’ils faisaient. »
Cette capacité à innover et à prendre des risques, même dans l’adversité, a finalement convaincu Bowser que Nintendo valait le coup. Il a rappelé le recruteur pour lui demander : « Est-il trop tard pour dire “oui, absolument” ? » Et le reste, comme il le dit, appartient à l’histoire.
Un parcours marquant chez Nintendo
Doug Bowser a rejoint Nintendo of America en 2015, d’abord en tant que vice-président des ventes et du marketing, avant de devenir président en 2019, succédant à Reggie Fils-Aimé. Son mandat a été marqué par le succès phénoménal de la Nintendo Switch, qui a redonné à Nintendo une place de leader sur le marché des consoles. Bowser a supervisé des lancements majeurs et a contribué à renforcer la présence de la marque en Amérique du Nord.
Il a pris sa retraite en 2025, laissant sa place à Devon Pritchard. Son passage chez Nintendo restera associé à une période de renaissance pour l’entreprise, après les années difficiles de la Wii U. Ironie du sort, c’est justement l’échec de cette console qui avait failli le dissuader de rejoindre l’aventure.
Cette anecdote montre que même les dirigeants les plus expérimentés peuvent avoir des doutes, mais que la vision à long terme et la confiance dans la capacité d’innovation d’une entreprise peuvent l’emporter sur les chiffres à court terme. Pour les fans de Nintendo, c’est aussi un rappel que la firme de Kyoto a toujours su rebondir, même après des échecs cuisants.
