Stupid Never Dies est le tout premier jeu du studio japonais GPTRACK50, fondé en 2022 par Hiroyuki Kobayashi, ancien producteur chez Capcom connu pour son travail sur Resident Evil et Devil May Cry. Ce titre se présente comme un action-RPG avec une forte composante roguelite, où le joueur incarne Davy, un zombie nonchalant, dans une aventure déjantée mêlant monstres et humour. Après une trentaine d’heures de jeu, il est temps de livrer notre verdict.
Un scénario déjanté mais classique
L’histoire de Stupid Never Dies démarre dans un centre commercial confiné où Davy, notre zombie protagoniste, rencontre le docteur Steiner, un savant fou. Ce dernier lui apprend qu’une grande partie de l’humanité a été éradiquée par des monstres menés par un certain KOM, qui cherche à dévorer l’intelligence humaine. Davy découvre également le corps congelé d’une certaine Julia, dont il tombe éperdument amoureux, et se lance dans une quête pour la sauver et libérer le monde du joug de KOM.
Le ton général du jeu rappelle les productions de Goichi Suda (Suda51), avec des situations totalement décomplexées et des dialogues qui arrachent régulièrement des sourires. Par exemple, au début du jeu, Davy se déplace à une vitesse d’escargot malade, ce qui est logique pour un zombie, mais il peut ensuite utiliser un robot aspirateur pour aller plus vite. Ces petits détails contribuent à une ambiance fun et décalée qui fait mouche. Les personnages secondaires sont hauts en couleur et attachants, même si le fil rouge de l’intrigue reste assez prévisible, avec des rebondissements que l’on voit venir de loin et une fin attendue. Malgré ce classicisme, les références aux films de zombies et la métaphore sur la stupidité de l’humanité sont plutôt malignes. L’esthétique en cel-shading apporte également un cachet visuel agréable.
Un concept de roguelite original mais perfectible
Le gameplay de Stupid Never Dies repose sur une boucle de roguelite classique : le joueur doit descendre dans des Strates, des donjons générés procéduralement, pour accomplir des objectifs. La particularité est que ces donjons sont chronométrés, ce qui oblige à progresser rapidement. Heureusement, des cellules temporelles peuvent être ramassées pour gagner du temps, et des aires de repos permettent de souffler, de se ravitailler et de changer d’équipement.
L’une des mécaniques les plus originales est le système de morsure. En combattant, Davy remplit une jauge qui lui permet de mordre les ennemis pour récupérer de la santé, mais aussi de voler leurs capacités de style. Il peut ainsi se transformer temporairement en loup-garou, cyclope, ondin, liche, harpie ou golem, et utiliser leurs attaques. Cette capacité ne dure que trois étages, ce qui incite à expérimenter avec différents ennemis. On pense évidemment à Castlevania: Aria of Sorrow et son système d’âmes, mais ici l’idée est bien intégrée, avec plus d’une dizaine de capacités à découvrir.
Cependant, la progression peut être frustrante. Certaines runs sont trop punitives, et l’équilibrage des Strates laisse à désirer : des niveaux censés être plus faibles que le niveau du joueur peuvent se révéler difficiles. De plus, la génération procédurale a ses ratés, avec des niveaux orientés plateformes mal adaptés au gameplay. Le level design global paraît parfois vide et sous-exploité, notamment pour les cheminements nécessitant des capacités spécifiques.
Un gameplay jubilatoire mais imparfait
Le gameplay de Stupid Never Dies est à la fois jouissif et frustrant. Davy peut enchaîner des combos basiques et utiliser des compétences spéciales, mais l’ensemble manque de réactivité : impossible d’annuler un combo ou de parer au bon moment. Cela peut mener à des situations où le joueur se fait enchaîner par les ennemis ou les boss. Heureusement, Davy peut se relever rapidement après une projection, et le jeu introduit le concept des parades débiles : en parant au bon moment, les dégâts deviennent réversibles et peuvent être renvoyés aux monstres, à condition de mordre un ennemi pour récupérer la santé perdue.
La montée en niveau est très rapide, ce qui est cohérent avec le chronomètre. À chaque niveau, Davy choisit entre trois reçus (des bonus passifs de rareté variable : commun, rare, épique, légendaire). Ces bonus ne durent que le temps de la run, mais la mort n’est pas trop punitive : les aires de repos visitées limitent la casse et améliorent la maîtrise des capacités volées. Le joueur conserve également quelques objets pour le hub central.
Le choix des Strates ajoute une dimension stratégique : faut-il prendre des risques dans des Strates de niveau supérieur pour de meilleures récompenses, ou jouer la sécurité ? Cette mécanique est addictive, même si les objectifs de fin de jeu donnent l’impression de rallonger artificiellement la durée de vie (déjà conséquente avec 30 heures pour terminer l’histoire).
Enfin, tous les styles de combat ne se valent pas. Certains souffrent de problèmes de lisibilité lors des affrontements avec trop d’effets à l’écran, et l’absence de verrouillage de caméra n’aide pas. Certains styles, comme le vampire, ont un game design douteux.
Un hub central bien pensé
En dehors des donjons, le joueur évolue dans un centre commercial servant de hub. On y trouve Acelino, un loup-garou chihuahua, qui permet à Davy d’installer des implants sur ses bras, jambes et tête. Ces implants offrent des compétences actives et des bonus passifs permanents (coups critiques, santé, dégâts). Il est possible de recycler les éléments inutilisés pour obtenir de la ferraille et débloquer des emplacements de préréglages, en utilisant également l’OT, la monnaie du jeu. La modification des statistiques des implants comporte une part de risque, car on peut perdre en puissance.
Julia, la bien-aimée de Davy, permet également d’améliorer le déchaînement de ce dernier grâce à des points de compétences obtenus en accomplissant des listes de souhaits ou en trouvant des éléments dans les runs. Ces systèmes de progression donnent une bonne profondeur au jeu en dehors des donjons.
Conclusion
Stupid Never Dies est un titre qui a du charme, avec son univers déjanté, son humour et ses mécaniques originales comme le vol de capacités et les parades débiles. La boucle de gameplay est addictive, et le hub central offre une progression intéressante. Cependant, des problèmes d’équilibrage, de level design et de réactivité des combats viennent ternir l’expérience. C’est un jeu qui plaira aux amateurs de roguelite et d’action-RPG, mais qui aurait mérité plus de finition. Un premier essai prometteur pour GPTRACK50, mais qui laisse entrevoir une marge de progression pour la suite.
