Le lancement de Wheel Make It sur Steam s’est transformé en cauchemar pour son éditeur, 2 Left Thumbs. Malgré plus de 11 000 ajouts en liste de souhaits avant sa sortie, le jeu coopératif basé sur la physique n’a réuni que 15 joueurs simultanés au pic de ses premières 24 heures, avant de retomber à trois utilisateurs connectés. Un échec cuisant que le studio attribue en grande partie aux retards d’approbation de Valve, eux-mêmes provoqués par l’afflux massif de jeux générés par intelligence artificielle sur la plateforme.
Un lancement retardé qui a tout gâché
Initialement prévu pour le 12 octobre, Wheel Make It n’a finalement obtenu le feu vert de Valve que le 25 octobre, pour une sortie effective le 1er novembre. Un contretemps de près de trois semaines qui, selon 2 Left Thumbs, a eu des conséquences désastreuses. « Le retard a détruit l’élan que nous avions construit », a expliqué l’éditeur sur les réseaux sociaux. En cause : l’impossibilité de communiquer une nouvelle date de sortie à l’avance, ce qui a contraint le studio à procéder à un lancement quasi surprise, sans aucune campagne de promotion adaptée.
Le problème ne viendrait pas seulement du retard en lui-même, mais de la perte de tout le travail marketing réalisé autour de la date initiale. Les bandes-annonces, les publications sur les réseaux sociaux, les contacts avec la presse et les créateurs de contenu : tout était calé sur le 12 octobre. Lorsque le jeu est finalement sorti, l’attention était déjà retombée, et les joueurs potentiels étaient passés à autre chose.
La faute aux jeux IA ?
2 Left Thumbs pointe du doigt la saturation du processus de révision de Steam, qu’il attribue directement à l’augmentation exponentielle des jeux générés par intelligence artificielle. Ces titres, souvent de faible qualité, submergeraient les équipes de Valve et allongeraient considérablement les délais d’approbation pour tous les développeurs. « Steam nous avait assuré qu’un éventuel glissement dû à l’engorgement de la file d’attente ne compromettrait pas les mécanismes de visibilité réservés aux nouveaux jeux », déplore l’éditeur. « Les résultats ont été très différents de ce qui était promis. »
Cette situation met en lumière un problème croissant pour les développeurs indépendants : la concurrence déloyale des jeux générés à bas coût par IA, qui inondent le marché et rendent plus difficile la découverte de titres originaux. Si Valve a mis en place des règles concernant la divulgation de l’utilisation de l’IA, le volume de soumissions semble dépasser les capacités de traitement de la plateforme.
Un problème technique aggravant
Le retard n’est pas uniquement dû à l’engorgement de la file d’attente. Le développeur tlproductions a révélé que le jeu avait été refusé une première fois pour un problème technique non signalé auparavant : une option du menu de résolution ne pouvait pas être sélectionnée à la manette. Ce contretemps supplémentaire a encore repoussé la sortie, ajoutant à la frustration de l’équipe.
Ce type de refus tardif est particulièrement pénalisant pour les petits studios, qui n’ont pas les ressources pour réagir rapidement et adapter leur stratégie de communication. Chaque jour de retard se traduit par une perte de visibilité et de revenus potentiels.
Un cas qui fait écho dans l’industrie
Le cas de Wheel Make It n’est pas isolé. D’autres développeurs, comme Komi Games avec son titre Infested DX, ont signalé des temps d’attente anormalement longs pour l’approbation de leurs pages de magasin. Valve indique pourtant des délais de trois à cinq jours ouvrables pour la révision des pages, et recommande de soumettre les matériaux au moins sept jours ouvrables avant la sortie. Mais dans la pratique, ces délais semblent souvent dépassés.
La polémique a même attiré l’attention de Tim Sweeney, le PDG d’Epic Games, qui a « liké » un message critique envers Valve. Une réaction qui n’a pas manqué d’amuser 2 Left Thumbs : « C’est vraiment inattendu et franchement hilarant de voir Tim Sweeney aimer ce post. » L’éditeur précise toutefois que sa critique ne vise pas tant Steam que l’IA générative, qu’il tient pour responsable de l’augmentation des contenus de faible qualité qui ralentissent les systèmes de révision.
Un avenir incertain pour les petits développeurs
Cette affaire soulève des questions importantes sur l’avenir de la distribution de jeux indépendants sur Steam. Si la plateforme reste un passage obligé pour de nombreux studios, la concurrence accrue des jeux IA et les retards d’approbation pourraient décourager les créateurs les plus modestes. 2 Left Thumbs reconnaît que Wheel Make It n’était pas destiné à rivaliser avec les meilleures productions indépendantes, mais estime que l’intérêt initial était réel et que de nombreux acheteurs potentiels ont manqué l’occasion de le découvrir.
Pour l’instant, Valve n’a pas réagi officiellement à ces accusations. Mais la grogne monte dans la communauté des développeurs, qui réclame des processus de révision plus transparents et plus rapides, ainsi qu’une meilleure gestion de l’afflux de jeux générés par IA. L’équilibre entre ouverture de la plateforme et protection des créateurs originaux devient un enjeu crucial pour l’écosystème Steam.
