Demons’ Night Fever, le nouveau RPG tactique développé par Drecom et édité par Arc System Works, est disponible sur Nintendo Switch, PS5 et PC. Après sept heures passées sur ce titre, le constat est mitigé : si le système de combat et la progression du personnage principal ont du potentiel, l’ensemble est plombé par une direction artistique agressive et un scénario qui frôle le malaise.
Un concept de combat original mais mal exploité
Le cœur de Demons’ Night Fever repose sur un principe pour le moins singulier : le joueur incarne Giga Super Deathums, un diable à l’apparence de chat, qui a échoué dans sa quête pour tuer Dieu. Réveillé sous la forme d’un bébé, il s’allie à Killshiro Katanaka, un ancien employé d’une société de jeux vidéo exploitante, pour se venger. Le duo utilise des Peons, des personnages enlevés et transformés en armes humaines, qu’il faut faire exploser sur le champ de bataille pour éliminer les ennemis.
Chaque combat se déroule sur une carte vue de dessus, où les Peons sont contrôlés par l’IA. Le joueur ne dirige pas directement leurs mouvements, mais décide du moment où les faire exploser grâce aux Kill Skills. Ce système de sacrifice, qui rappelle les Prinnies de Disgaea, est intéressant sur le papier : les Peons sont sacrifiables car ils ressuscitent avec de meilleures statistiques. Cela donne parfois lieu à des affrontements qui ressemblent à des puzzles, où il faut positionner les explosions au bon endroit pour maximiser les dégâts.
Cependant, l’IA des Peons est frustrante. Elle ne prend pas toujours les meilleures décisions, ce qui peut ruiner une stratégie. Comparé à d’autres jeux de stratégie sortis cette année, comme The Hundred Line: Last Defense Academy, qui traite également du sacrifice de personnages, Demons’ Night Fever paraît moins abouti.
Une progression intéressante mais noyée dans une interface illisible
Entre les combats, le joueur peut améliorer Killshiro via plusieurs systèmes. Le plus notable est celui des Misdeeds (méfaits), qui utilise des Perverse Points gagnés en combat. Chaque Misdeed nécessite un allié Accomplice et permet d’augmenter différentes statistiques comme les HP, l’attaque physique ou spéciale. Par exemple, « Hack into Something » augmente les HP, l’attaque spéciale et la défense spéciale, tandis que « Drive like a Maniac » augmente les HP, l’attaque physique et l’attaque spéciale. Ce système récompense les investissements réfléchis et ajoute une couche de gestion intéressante.
Mais la présentation gâche tout. L’interface utilisateur est un véritable assaut visuel, avec un style graphique qui tente d’imiter une bande dessinée edgy mais qui devient vite fatigant. Les menus sont surchargés, les couleurs criardes, et l’ensemble manque de lisibilité. On a parfois l’impression que le jeu cherche à être « cool » à tout prix, mais le résultat est plus rebutant qu’immersif.
Un scénario et des dialogues qui tombent à plat
Le plus gros problème de Demons’ Night Fever est son écriture. Le jeu veut clairement jouer la carte de l’humour noir et de la provocation, mais les dialogues sont d’une lourdeur rare. Dès les premières heures, on est assailli par des répliques comme « Elohim Essaim, Smithereens and Suckmypeen… », « One more year and I’ll be a full-on incel wizard… », ou encore « Wail in terror, bitches ». Ces tentatives d’être subversif tombent à plat et donnent envie de passer les dialogues.
Le doublage n’arrange rien : la plupart des personnages sont mal interprétés, probablement à cause d’une mauvaise direction d’acteurs. L’ensemble donne une impression d’amateurisme qui contraste avec la qualité technique du jeu. On aurait aimé que les développeurs trouvent un moyen plus subtil de montrer que les protagonistes sont des êtres détestables, sans pour autant rendre l’expérience pénible.
Un jeu qui divise, mais qui a le mérite d’exister
Malgré ses nombreux défauts, Demons’ Night Fever n’est pas dénué d’idées. Le concept de sacrifice de Peons, la gestion des Misdeeds et la structure en chapitres avec des objectifs chronométrés offrent une certaine profondeur stratégique. Mais ces bonnes idées sont noyées dans une réalisation qui frôle le mauvais goût. Le jeu semble vouloir imiter des séries comme Persona ou Gachiakuta dans leur traitement stylistique, mais sans en avoir la finesse.
Après sept heures de jeu, l’envie de continuer n’est pas là. Le titre est si rebutant par moments qu’il est difficile de le recommander, même aux amateurs de RPG tactiques. Peut-être que certains joueurs apprécieront son ton volontairement provocateur, mais pour la majorité, l’expérience risque d’être plus frustrante qu’amusante.
Demons’ Night Fever est disponible dès maintenant sur Nintendo Switch, PS5 et PC.
